jeudi 31 juillet 2008

De la visite

Je suis énervée! Mon frère viendra me voir aujourd'hui! C'est la première fois qu'il fera le chemin pour venir jusqu'à moi. Il est déjà venu une fois à mon ancien chez-nous, celui d'avant. Cela fait deux ans que j'habite ici et depuis, c'est moi qui allais le voir. Le prétexte est de venir me donner un coup de main avec quelques trucs à réparer et je me retiens à deux mains pour ne pas briser des trucs exprès pour l'occuper, le retenir et le faire revenir...

Je ne sais pas pourquoi je réagis comme ça, c'est mon frère après tout, pas le pape! Mais depuis la mort de papa, on dirait que j'ai transféré sur lui l'aura paternelle. C'est vrai qu'il lui ressemble tellement!

Oui, je sais un peu ce qui me tarabuste un brin. C'est le jugement qu'il ne pourra s'empêcher de porter sur mon environnement. Il habite dans une grande maison luxueuse dans un quartier huppé, il a des meubles importés de Thaïlande, il boit de grands crus, mange dans les meilleurs restaurants, s'habille griffé... Alors que moi... C'est pas l'envie qui manque, mais on n'a pas les mêmes moyens. Non seulement il touche un meilleur salaire, mais il a hérité de papa et pas moi. Je ne lui en veux pas pour autant, c'est maman qui est responsable de cette situation. Même par-delà la mort, elle a continué ses humiliants ravages.

Comme je ne peux changer mon modeste chez nous en château - on n'est pas dans un film de Disney -, je vais me contenter de récurer pour que tout brille comme un sous neuf et que ça sente bon. Je vais aussi aller acheter de la bière importée et quelques bouteilles de rouge. Je vais même gratter des fonds de tiroir pour voir si je peux me permettre une bouteille de champagne, il appréciera sûrement... Des bulles de circonstance pour une visite attendue.

mardi 29 juillet 2008

Des frites, une julienne

Je dispose d’une mandoline redoutable. C’est pas un ustensile, c’est quasiment une arme. D’ailleurs, ma voisine l'a appris à ses dépends. Son nom figure sur la liste des victimes qui ont contaminé mes jolis comptoirs tout blancs de sang tout rouge. Pas très hygiénique...
Lorsque j’utilise la mandoline, je le fais avec autant de doigté que si j’étais musicien. J’y investis toute ma concentration. Je tranche. Je coupe. J’émince. Minutieusement. Parfois, j’apprête pour servir sous forme de frites ou de julienne. Le résultat est toujours extra. Son jeu de lames réglables et acérées produit de fines lamelles et de jolies tranches de toutes formes. J’aime cet instrument.

La régularité de mouvement de mon bras sur la mandoline produit l’effet hypnotisant d’un métronome. Tic. Tic. Tic.
Alors il m’arrive de divaguer. Je dirais qu’il s’agit d’un doux délire contrôlé. Et si je blesse quelqu'un, c'est toujours moi. Jamais les autres.
Oui, oui, je sais. Les médicaments finissent par produire des effets propices à l’introspection lorsqu’on les avale avec un verre de Bordeaux. L'hémisphère droit du cerveau me promet un repas aux parfums capiteux tandis que l'hémisphère droit, plus logique et rationnel, donne à mes tranches de concombre l’apparence des péchés capitaux.

Alors, j’anticipe le plaisir en me disant que la gourmandise est un paradoxe. Faut vraiment en avoir trop abusé pour décider de s’en priver ou n'en avoir jamais abusé pour y voir un péché.
Méchant dilemme.
Véniellement valant mieux que mortellement, tu pèches par gourmandise avec modération mais à répétion, pour ne rien manquer. Et ne rien laisser... C’est tellement bon qu'il faudrait être un peu con pour dire non!

La faim, aussi, me laisse sur mon appétit. Artificiellement, nous avons convenu de la rassasier à heure fixe. Matin, midi et soir. En trois étapes convenues auxquelles peuvent se greffer quelques en-cas, si ça ne suffit pas. Entre chaque repas, la faim affaiblit le corps. Mais, en même temps, elle vitamine l’esprit. N’avez-vous jamais remarqué que notre manière d’être et de penser est toujours plus affinée en état d’inanition ? Comme si les conditions du jeûne rendaient les pensées plus claires.
C’est dans cet état de fébrilité et de grande clarté de l’esprit causé par la faim que je me prépare à recevoir ma voisine. Comme à chaque soir. Du moins les soirs où elle ne se décommande pas.

dimanche 27 juillet 2008

Le blues du dimanche

Je viens de finir de nettoyer mes divans. Il reste encore des taches, mais ils seront au moins exempts de poussière et de saleté de surface. C'est mon voisin qui va être content. Depuis le temps qu'il voulait me prêter sa super machine à nettoyer. En fait, c'est pas qu'il était pressé de me prêter sa machine autant qu'il voulait s'assurer que mes divans soient nettoyés. S'il n'était pas si craintif de venir chez moi, il aurait fait le travail depuis longtemps.

J'espère qu'il a entendu le vacarme et qu'il est heureux! Moi, je suis privée de divans - ils sont tout mouillés -, alors qu'on est dimanche et que je voulais justement passer la journée à traîner, lire, regarder quelques épisodes de X-Files, faire un somme... J'irai peut-être au parc. À moins que je squatte l'appartement du voisin! Il serait bien épouvanté de me voir arriver avec mon attirail. C'est que je suis un peu éparpillée et qu'il n'aime pas que je déplace ses trucs.

Je vais commencer par aller me chercher un de ces immenses Cappuccino hors de prix et je vais lire quelques pages de Balzac et la Petite Tailleuse chinoise qui malgré ses 229 petites pages n'en finit plus de finir...

Je manque de temps, je cours toujours, j'ai toujours une liste remplie de trucs à faire - j'ai même une liste Suprême, la liste de toutes mes listes - et pourtant j'ai cette terrible envie de ne rien faire. Je vais l'ajouter à la liste alors. Ne rien faire... Est-ce que je place ça avant "comptabilité" ou après "arroser les plantes"? À moins que je le place dans la liste de la semaine prochaine? Peut-être que si la liste de cette semaine descend suffisamment je ne me sentirai pas si coupable? Faudrait commencer par ajouter "Ne pas se sentir coupable" sur la liste des objectifs de l'année...

Bon, je crois que je vais refaire mes listes finalement. Je verrai mieux si je peux "Ne rien faire"...

jeudi 24 juillet 2008

1 : J’angoisse


Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! D’où peuvent bien provenir ces bruits ? C’est tout ce que j’entends en cette fin d’après-midi cafardeuse. Quelle calamité que l’éternité d'un bruit! Je me sens comme une caisse de résonnance. J’ai la cervelle comme une boîte de conserve sur laquelle on cogne, cogne, cogne. Vite une pilule. Mais laquelle. La rose ? La blanche ? Celle dont la capsule est bleue et rouge ? Une petite ou une grosse ? Une granule pour la canicule? Quel dilemme.

Amplifié par les effets des médicaments que j'avale, ce clac, clac, clac devient assourdissant. Je voudrais l'étouffer, l’anesthésier, le réduire au silence. Et dans mon état, lorsqu’un rien me déstabilise, je culpabilise. Je me renfrogne dans ma veste, comme un curé trop vieux et très dépassé par ce XXIe siècle; un bien froqué croyant cacher son ignorance, son indifférence et son odeur rance en remontant le collet de sa soutane élimée.
Dans cet état, que voulez-vous que je fasse d'autre que de m'enfoncer la tête dans les épaules jusqu'au trognon ? Mon dernier recours est de fermer à demi les yeux, croyant ainsi que je serai à l’abri de mes démons intérieurs. Rien à foutre, le tapage persiste.

Oh ! Oh !

À bien y penser, ce boucan ressemble à s’y méprendre au son métallique produit par une secrétaire-dactylo tapant à toute vitesse sur une vieille Underwood. Clac ! Clac ! Clac ! Je tends l’oreille pour en découvrir la source d’émission et la faire taire.
Je cherche en me déplaçant d’une pièce à l’autre de l'appartement et je réalise avec stupeur que cette pollution sonore me colle à la peau. Elle me suit à la trace. Quelle teigne.
Si ma voisine de palier était là, lumineuse et incomparable, elle ne pourrait faire autrement, la connaissant, que trompetter que je deviens un peu con et misérabiliste. Et devant elle, cette voisine très, très voisine, je m'incline. Faut savoir reconnaître plus fort que soi...
Dis, d’où viens-tu, bruit maudit ? Ma pitance est ta résonnance. Devant tout ce tintouin, j'agite à deux mains le drapeau blanc. Je me rends.
L'angoisse m'énerve autant qui si un flic polisson me désignait, d'un doigt policé par le code de la route, pour me signifier une contravention pour une infraction dont je ne me sens aucunement responsable. Il a beau siffler, siffler, je suis déjà tout tétanisé du dedans. Et ma voisine qui se fait attendre.
Planté au beau milieu du salon, me tripotant le menton, je réalise soudainement que ce bruit sort de... moi !!! Tu parles. Quelle paire de gifles. Quelle connerie infinie.
La réalité me rejoint. Me donne un coup de poing dans la gueule. En un instant, je me mets K.O. En me relevant, les jambes flagollantes, je me rends compte, honteusement, piteusement, que ce sont... mes propres dents qui s’entrechoquent dans un interminable clac, clac, clac !!!

Oh ! Oh !

J’ai le goût de crier. Pour m'étouffer en même temps que ce bruit que je génère. Je choisis plutôt d'avaler une petite pilule. Celle-là. La toute blanche.
J'avoue humblement une fixation sur le blanc.
Et basta. Ici, tout est blanc. Des murs aux plafonds en passant par le revêtement des planchers, on se perd dans la couleur de la craie. Ça t'effraie?
L'environnement est immaculé et surtout aseptisé. Moi qui suis exangue et pâlichon, je porte des vêtements couleur lait, ce qui me donne un air cadavéreux mais qui apaise les brûlements d'estomac. D'autres diront que cet air pittoresque est plutôt clownesque, c'est au choix. J'assume. Dans un cas comme dans l'autre.
Entre-temps, ne lui répétez surtout pas - elle pourrait entendre, sait-on jamais, avec les femmes -, j’ai délibérément choisi le blanc par unique souci d’être agencé avec ma voisine qui, elle, fait une fixation sur le noir. Ce noir qui luit dans ses yeux la nuit. Ce noir qui lui tisse une silhouette de chouette. Cette voisine m’habite et me hante. Un papillon posé sur mes branches. Une jolie bestiole qui loge dans chaque pore de cette peau qui me démange à vouloir en finir avec la vie. Une bestiole ADORABLE, je l'admets, étant incapable de mentir.
N'empêche, lorsque des pensées psychomachins m’assaillent, je ressens inévitablement un effet acide qui me brûle la tuyauterie. Alors, mes entrailles font entendre de sonores glouglous et d’interminables gargouillis. Encore des bruits. Avec l'écho qui sonne faux. On n’en sort pas. Vite, vite, un peu d'eau et un autre cachet. Peu importe la couleur. Quel ennui de se noyer dans mille nuits médicamenteuses sans ami.

Schrek

"T'as pas mouru l'âne
T'as pas mouru..."

État des lieux

La nuit ne m'a pas encore fourni le lien entre ma voisine de palier et moi. Par contre, je commence à me voir assez clairement en voisin affligé de toutes les phobies, sauf celle de prendre des médicaments à la tonne pour ceci et cela, qui ne lit pas, qui ne regarde pas la télé, n'écoute pas de musique... mais qui écoute celle de sa voisine... Comme je requiers une surveillance et suis seul au monde, c'est toi qui est mon seul point de repère. Un ordi nous relie, un système de webcam me permet de te suivre à la trace, de t'épier, je dirais même. Lorsque tu en as marre, tu débranches le système et alors je ne vis plus que par les bruits qui s'échappent des murs, la chasse d'eau que tu tires, le bruit de douche, etc. Nos apparts sont disposés de la même façon, tout en longueur. Ta cuisine est adjacente à la mienne, de même que le salon, la salle de bain, la chambre à coucher. Tu dois m'accompagner pour toutes mes sorties (le peu que je fais, car je ne suis bien que dans mon petit coin): docteur, psy, etc .

*****

Bon, en attendant notre rencontre de travail pour préciser nos personnages et notre fil conducteur, je vais essayer de décrire le mien...
Au fait, on les nomme?
J'ajouterais d'abord pour ton personnage : qui ne lit plus et n'écoute plus la télé. Dans le sens qu'il est très cultivé (tu ne joueras quand même pas à l'imbécile! Il faut que tu mettes ton savoir et ta finesse au profit de l'histoire), qu'il a déjà tout lu et tout vu, mais pour une raison qui rete à déterminer, il a décidé de ne plus lire, ou de regarder la télé. Donc, il s'isole volontairement, mais n'est pas analphabète pour autant!
Bon, moi, maintenant....
Naturellement, je lis... et j'aimerais vraiment te remettre à la lecture. C'est comme un défi que je me suis lancée, que je répéterai en essayant de subtilment te convaincre de lire "cet excellent livre!"
Je cuisine à mes heures... Toi, tu cuisines beaucoup!!! Et comme tu es seul et un peu préoccupé par le train de vie de ta voisine, tu l'invites souvent à manger ou tu lui prépares un petit plat. C'est ta façon d'interagir avec ta voisine. Qu'est-ce que tu en dis?
J'imagine que je travaille beaucoup, de chez moi?... Je ne suis pas certaine que je me souviens ce qu'est une vie de bureau!
Bon, pour le reste, on poursuivra ensemble pour bien cerner tout ça. On se fera même une grille s'il le faut pour tout noter!

mercredi 23 juillet 2008

Lire dans l'eau de lavage à défaut du thé

Ton horoscope de ce matin est intéressant pour qui sait lire entre les lignes...

Toutes sortes d'affaires de moindre importance risquent de retenir toute votre attention. (
le piton de la laveuse est resté enfoncé... Besoin de tes doigts magiques)
La vigilance sera de rigueur si vous voulez ne pas vous laissez surprendre par une opportunité arrivant très à propos. (
Peut-être que le plombier va être en panne d'essence direct devant l'appart? Offre-lui un café!)
A votre intelligence de tirer profit de cet événement inattendu ! (
Ce sera peut-être un diplômé français qui ne peut pas travailler ici et qui connaît toute l'œuvre de Tolkien?)

Je vais faire une brassée en revenant... Ne touche pas à ma pile, faut laver à délicat!


mardi 22 juillet 2008

Les pieds dans les plats

Dis, tu te souviens de cette pub géniale de la SAQ dans laquelle la jeune adulte rassure son père (découragé quand il découvre les cadavres de bouteilles de vin dans le salon) en lui disant de ne pas s'en faire, ils ont fait attention de boire les plus vieilles?

Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, sinon que quand t'es revenu, j'avais pas eu le temps de me ramasser et de mettre de l'ordre sur le palier. Je le sais que tu hais ça quand je me laisse traîner. Tu ne le dis pas souvent, mais je le sais...

Je pourrais me dire que c'est comme ça que tu m'aimes, mais on se voit si peu que je ne suis même plus certaine de partager ce bloc avec toi... Habites-tu toujours ici? Y es-tu heureux? :)

Ne prépare rien pour le souper pour moi. Pour faire changement, je travaille tard. Mais un restant de quelque chose qui se réchauffe (ton osso buco par exemple), ça pourrait être gentil! Si c'est le cas, glisse un plat près de ma porte. Avec un verre de rouge, ce serait divin!

À plus!
Sx
PS: Le défi des pieds, on le fait quand? Je laisse la liste des mots sur le frigo. On s'en reparle!

lundi 21 juillet 2008

Matériel sur les pieds

D’argile À terre Dans les plats Dans le tapis D’alerte Dans la même bottine

Foulent glissent s’enfoncent se posent écrasent marchent trébuchent chancellent pataugent gèlent dansent se pressent démangent tapent prennent racine.

Mettre les poser le baiser les perdre lever le se mouiller les s’essuyer les prendre son casser les planter ses regarder ses se bouger les

Mettre sur se jeter à ses tomber à ses se prosterner à ses se laisser marcher sur les se tirer dans le trouver chaussure à son se dérober sous ses s’ouvrir sous ses bondir sur ses acculé au comme un

Valet de pied, doigt de pied, course à pied, mise à pied, épines dans le pied, coup de pied, boulet au pied, remettre sur pied, bête comme ses pieds, solide sur ses pieds, pied de nez

Au pied du mur Pied de biche Casse-pieds Cloche-pied Marchepied Pied-à-terre

Patte peton

D’athlète Pieds et poings liés A pied levé De pied en cap Comme un Les pieds devant

Bon pied bon œil Avoir les pieds sur terre Couper l’herbe sous le pied Faire des pieds et des mains Se lever du pied gauche Se mettre les pieds dans les plats Ne pas savoir sur quel pied danser Se piler sur les pieds

On effacera la banque après usage!

L'imagination est reine

Ici, l'imagination est reine. Nulle autre contrainte que de confier au clavier l'inspiration du moment et lui permettre de lier une histoire. La leur, la nôtre... Allez! La page est vierge et elle ne demande qu'à tacher de nos mots le drap de son innocence.