Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! D’où peuvent bien provenir ces bruits ? C’est tout ce que j’entends en cette fin d’après-midi cafardeuse. Quelle calamité que l’éternité d'un bruit! Je me sens comme une caisse de résonnance. J’ai la cervelle comme une boîte de conserve sur laquelle on cogne, cogne, cogne. Vite une pilule. Mais laquelle. La rose ? La blanche ? Celle dont la capsule est bleue et rouge ? Une petite ou une grosse ? Une granule pour la canicule? Quel dilemme.
Amplifié par les effets des médicaments que j'avale, ce clac, clac, clac devient assourdissant. Je voudrais l'étouffer, l’anesthésier, le réduire au silence. Et dans mon état, lorsqu’un rien me déstabilise, je culpabilise. Je me renfrogne dans ma veste, comme un curé trop vieux et très dépassé par ce XXIe siècle; un bien froqué croyant cacher son ignorance, son indifférence et son odeur rance en remontant le collet de sa soutane élimée.
Dans cet état, que voulez-vous que je fasse d'autre que de m'enfoncer la tête dans les épaules jusqu'au trognon ? Mon dernier recours est de fermer à demi les yeux, croyant ainsi que je serai à l’abri de mes démons intérieurs. Rien à foutre, le tapage persiste.
Oh ! Oh !
À bien y penser, ce boucan ressemble à s’y méprendre au son métallique produit par une secrétaire-dactylo tapant à toute vitesse sur une vieille Underwood. Clac ! Clac ! Clac ! Je tends l’oreille pour en découvrir la source d’émission et la faire taire.
Oh ! Oh !
À bien y penser, ce boucan ressemble à s’y méprendre au son métallique produit par une secrétaire-dactylo tapant à toute vitesse sur une vieille Underwood. Clac ! Clac ! Clac ! Je tends l’oreille pour en découvrir la source d’émission et la faire taire. Je cherche en me déplaçant d’une pièce à l’autre de l'appartement et je réalise avec stupeur que cette pollution sonore me colle à la peau. Elle me suit à la trace. Quelle teigne.
Si ma voisine de palier était là, lumineuse et incomparable, elle ne pourrait faire autrement, la connaissant, que trompetter que je deviens un peu con et misérabiliste. Et devant elle, cette voisine très, très voisine, je m'incline. Faut savoir reconnaître plus fort que soi...
Dis, d’où viens-tu, bruit maudit ? Ma pitance est ta résonnance. Devant tout ce tintouin, j'agite à deux mains le drapeau blanc. Je me rends.
L'angoisse m'énerve autant qui si un flic polisson me désignait, d'un doigt policé par le code de la route, pour me signifier une contravention pour une infraction dont je ne me sens aucunement responsable. Il a beau siffler, siffler, je suis déjà tout tétanisé du dedans. Et ma voisine qui se fait attendre.
Planté au beau milieu du salon, me tripotant le menton, je réalise soudainement que ce bruit sort de... moi !!! Tu parles. Quelle paire de gifles. Quelle connerie infinie.
La réalité me rejoint. Me donne un coup de poing dans la gueule. En un instant, je me mets K.O. En me relevant, les jambes flagollantes, je me rends compte, honteusement, piteusement, que ce sont... mes propres dents qui s’entrechoquent dans un interminable clac, clac, clac !!!
Oh ! Oh !
J’ai le goût de crier. Pour m'étouffer en même temps que ce bruit que je génère. Je choisis plutôt d'avaler une petite pilule. Celle-là. La toute blanche.
Oh ! Oh !
J’ai le goût de crier. Pour m'étouffer en même temps que ce bruit que je génère. Je choisis plutôt d'avaler une petite pilule. Celle-là. La toute blanche.
J'avoue humblement une fixation sur le blanc.
Et basta. Ici, tout est blanc. Des murs aux plafonds en passant par le revêtement des planchers, on se perd dans la couleur de la craie. Ça t'effraie?
L'environnement est immaculé et surtout aseptisé. Moi qui suis exangue et pâlichon, je porte des vêtements couleur lait, ce qui me donne un air cadavéreux mais qui apaise les brûlements d'estomac. D'autres diront que cet air pittoresque est plutôt clownesque, c'est au choix. J'assume. Dans un cas comme dans l'autre.
Entre-temps, ne lui répétez surtout pas - elle pourrait entendre, sait-on jamais, avec les femmes -, j’ai délibérément choisi le blanc par unique souci d’être agencé avec ma voisine qui, elle, fait une fixation sur le noir. Ce noir qui luit dans ses yeux la nuit. Ce noir qui lui tisse une silhouette de chouette. Cette voisine m’habite et me hante. Un papillon posé sur mes branches. Une jolie bestiole qui loge dans chaque pore de cette peau qui me démange à vouloir en finir avec la vie. Une bestiole ADORABLE, je l'admets, étant incapable de mentir.
N'empêche, lorsque des pensées psychomachins m’assaillent, je ressens inévitablement un effet acide qui me brûle la tuyauterie. Alors, mes entrailles font entendre de sonores glouglous et d’interminables gargouillis. Encore des bruits. Avec l'écho qui sonne faux. On n’en sort pas. Vite, vite, un peu d'eau et un autre cachet. Peu importe la couleur. Quel ennui de se noyer dans mille nuits médicamenteuses sans ami.
2 commentaires:
Toujours vivante?
En t'attendant, j'ai revisé mon premier jet. L'allongeant et «l'emmieutant», j'ose croire. Confiant mais juste un peu.
J.x
ben oui! toujours vivante! Fatiguée et sur le point d'aller me coucher cependant...
Tu as vu mes notes de tantôt?
Sx
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