Le lendemain, le temps semblait de circonstance. Lourd de nuages trop gris, le ciel de Palerme était couvert, laissant le jour opaque. Il dégorgeait son trop-plein sous forme de trombes d’eau salvatrices pour une faune et une flore engourdies par la canicule. Engoncée dans la sécheresse des dernières semaines, la nature avait soif et ne demandait qu’à se désaltérer, à s’imbiber d’humidité. En fin d’après-midi, le ciel se dégagea. Le gris foncé tourna au bleu azur. De nombreuses éclaircies firent clignoter le soleil dont la chaleur reprit le dessus en aspirant la moiteur de l’air en deux temps trois mouvements.Après sa saute d’humeur, le temps redevenait suffisamment confortable pour inviter Dorando à sauter dans la Ferrari. Celle de son père, évidemment ; celui-ci étant à l’étranger pour affaires. La tentation était forte de soulever la capote et de rouler à grande vitesse, en malmenant la boîte de vitesse et en faisant gronder le moteur pour épater la galerie. D’ailleurs, il ne résista pas longtemps à cette démangeaison ; il devait rejoindre une jolie brunette avec laquelle il avait dansé toute la soirée sur les rythmes branchés d’une disco tape-à-l’œil. Ils avaient fini par aboutir chez la fille où ils avaient passé une partie de la nuit ensemble. Pour sa part, il avait été littéralement envoûté. Dès la première danse, et, surtout, dès que le rythme de la musique s’y était prêté, il avait plaqué ses hanches sur celles - invitantes - d’Oriana. Elle avait répondu merveilleusement à chaque effleurement en se collant un peu plus à lui. Ils avaient été suffisamment électrifiés par la puissance du courant qui passait entre eux, pour se promettre de se revoir dès l’après-midi.
Dorando connaissait un endroit isolé sur la côte où la faune touristique ne s’aventurait pas. Ils pourraient pique-niquer, déconner un brin en fumant un joint et passer ensuite aux choses plus sérieuses. Et quelque chose de sérieux, dans l’esprit du jeune homme, se situait nécessairement sous la ceinture. Du moins, c’est le scénario qu’il caressait en allant retrouver la fille.
Plantée comme une échalote devant la porte de sa tour d’habitation Oriana commençait à s’impatienter. Elle piaffait depuis une quinzaine de minutes non pas parce que son flirt accusait du retard sur leur rendez-vous. Du tout. C’est elle qui, n’en pouvant plus d’attendre, avait décidé de se pointer trop tôt. Là, elle trépignait sur place autant d’excitation que d’impatience. Tantôt, elle se demandait s’il n’aurait pas mieux fallu se faire attendre, plutôt que de jouer à l’aubergine qui prend racine sur le bord de la rue. Tantôt, elle se mordait le dedans de la joue en se demandant si son flirt ne lui a pas tendu un lapin.
Voyant une rutilante voiture rouge avaler l’asphalte à deux coins de rue de là, son cœur ne fait qu’un bond. Miracle, le bolide au volant duquel elle reconnaît Dorando s’arrête à l’endroit même où elle attend. Pile au lieu de leur rendez-vous. Elle ne s’attendait toutefois pas à le voir arriver au volant d’une Ferrari. Elle sautille comme une gamine, consciente que le tressautement de ses seins, mis en valeur par un soutien-gorge pigeonnant, produit un effet inflationniste instantané sur la testostérone du petit copain.
Aussitôt qu’il arrête de la taquiner en tardant à ouvrir la portière, Oriana s’empresse de s’asseoir sur la jolie banquette en cuir. Une fois bien calée dans le siège de la décapotable, elle tente de tirer sur sa minijupe qui lui remonte en haut des cuisses à ras le bonbon. Oubliant toute pudeur, elle lui saute au cou, le frôle intentionnellement avec sa poitrine aguichante pour finalement l’embrasser à pleine bouche, goulûment et longuement, lui qu’elle ne connaît que depuis la veille.
Ses yeux brillent d’orgueil à l’idée que, cette fois, la chance a peut-être tournée. A-t-elle frappé le jackpot ? En plus d’avoir de la gueule, avec ses jolis traits arabisants, ce beau mec est propre de sa personne, ne se débrouille pas si mal au lit et est équipé d’un beau petit cul comme elle les aime. En prime, il pilote une Ferrari et dispose d’un portefeuille bien garni de papier-monnaie. Que demander de mieux !, se dit-elle en s’exclamant : « Un homme. Un vrai ». Elle qui, jusqu’à maintenant, n’avait séduit que des petites brutes sans cervelle et sans un rond ou encore de belles tronches avec un cerveau de la grosseur d’un petit pois, un salaire de misère, mais toujours prêt à tirer un coup... Juste à penser à la chance qui se présentait, le teint très clair de ses joues, probablement hérité des Normands, rosissait. Elle se croisait les doigts, espérant que cette fois était la bonne et qu’il ne s’agissait pas encore d’un one night stand, comme disaient ses amies branchées.
Oriana met le volume de la radio à fond et sent ses longs cheveux bruns avec reflets auburn flottés au vent comme la crinière de l’étalon cabré qu’elle remarque sur la calandre classique de la Scuderia. Elle sursaute de bonheur lorsque Dorando, relâchant l’embrayage, fait patiner les larges pneumatiques de la voiture sport.
- C’est à toi cette belle voiture ? demanda-t-elle.
- Nnnnnouiiiiiii, marmonna-t-il faiblement de telle sorte que le grondement du moteur étouffe cette réponse ambigüe. Ça tombe bien, se dit-il, n’ayant pas vraiment envie d’expliquer à sa compagne que la Ferrari était à son père. Et qu’il n’était surtout pas autorisé à la prendre sans autorisation… Mais il caressait d’autres idées, tandis que ses yeux quittaient régulièrement la route pour mieux louvoyer entre le décolleté plongeant et les longues cuisses fermes et bronzées que la microjupe de la donzelle mettait en valeur.
Ce n’est pas la carrosserie de la Ferrari qu’il projetait de minoucher.
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