L’attente semblait mortelle pour Amerigo. D'ailleurs, elle le sera ! Et pas seulement au sens figuré. S’il avait su ce qui lui pendait au bout du nez, il aurait sans doute occupé différemment le
temps qu’il lui restait à vivre. Pour le moment, il était dans l’expectative. Les secondes ne s’égrenaient plus. Comme si elles étaient engluées dans l'éternité de l'instant. Devant l'évidente mauvaise foi du temps, Amerigo Vespucci zieutait d'un œil menaçant les aiguilles de la magnifique horloge dont les tubes argentés avaient cessé de carillonner les changements d’heure. Croyait-il qu'en braquant ainsi son regard sur le pendule à coucou, le temps se remettrait à couler à un rythme qui lui ménagerait et le cœur et les nerfs ?
Le Notaire se rongeait les sangs. Il paraissait tourmenté par ce qui se tramait dans les coulisses de la commission d’enquête mandatée par le président de la République pour faire la lumière sur le blanchiment d’argent en Italie. Il avait suffi d’un appel de la part d’un obscur procureur romain voulant obtenir de l’information sur ses comptes bancaires en fidéicommis pour allumer un baril de poudre.
Un baril sur lequel il était assis…
« Même si le ton du procureur semblait amical et ses questions plutôt anodines, il n’y a pas de fumée sans feu », méditait le Notaire, surnom que peu de personnes connaissaient mais qui dénotait bien le rôle nécessairement effacé qu’il jouait auprès de la Cosa Nostra sicilienne. S'il était pisté ce n'était sûrement pas parce qu'il avait souvent rencontré le padrino et ses fils Michelangelo et Bernardo.
temps qu’il lui restait à vivre. Pour le moment, il était dans l’expectative. Les secondes ne s’égrenaient plus. Comme si elles étaient engluées dans l'éternité de l'instant. Devant l'évidente mauvaise foi du temps, Amerigo Vespucci zieutait d'un œil menaçant les aiguilles de la magnifique horloge dont les tubes argentés avaient cessé de carillonner les changements d’heure. Croyait-il qu'en braquant ainsi son regard sur le pendule à coucou, le temps se remettrait à couler à un rythme qui lui ménagerait et le cœur et les nerfs ?Le Notaire se rongeait les sangs. Il paraissait tourmenté par ce qui se tramait dans les coulisses de la commission d’enquête mandatée par le président de la République pour faire la lumière sur le blanchiment d’argent en Italie. Il avait suffi d’un appel de la part d’un obscur procureur romain voulant obtenir de l’information sur ses comptes bancaires en fidéicommis pour allumer un baril de poudre.
Un baril sur lequel il était assis…
« Même si le ton du procureur semblait amical et ses questions plutôt anodines, il n’y a pas de fumée sans feu », méditait le Notaire, surnom que peu de personnes connaissaient mais qui dénotait bien le rôle nécessairement effacé qu’il jouait auprès de la Cosa Nostra sicilienne. S'il était pisté ce n'était sûrement pas parce qu'il avait souvent rencontré le padrino et ses fils Michelangelo et Bernardo.
Avant qu’on lui confie d’importantes fonctions, il les avait rencontrés quelques fois alors qu’on avait fait appel à ses services pour leur en rendre quelques uns. Comme il s'acquittait avec succès et discrètement de ce qu'on exigeait de lui, on avait fini par considérer qu’il était loyal. On n’avait pas eu besoin d’expliquer ad vitam aeternam ce qu'on attendait de lui. Eux voulaient un homme de confiance exerçant une profession libérale ; lui voulait tout, tout, tout. Et tout de suite, comme tout jeune diplômé frais chié de l’université. Tout ce qui lui importait consistait à obtenir l’assurance qu’il n'aurait pas à jouer les gros bras, comme un vulgaire Picciotto, ni n’aurait de sang sur ses jolies mains.
Les Grecco lui avaient laissé 24 heures de réflexion, mais Amerigo était assez futé pour comprendre qu’il ne pouvait finasser. Une seule réponse était envisageable et il devait la servir sur le champ. Alors, il s’inclina avec respect devant le chef de la famille mafieuse, en disant : « C’est tout réfléchi, padrino, je serai honoré de servir votre honorable maison. »
Un mois plus tard, il sera initié.
Lorsque tu es déjà mouillé, même juste un peu, il ne sert plus à rien de vouloir jouer les matamores et décliner ce genre d’offre. Surtout qu’il l’avait voulu. Souhaité. Rêvé, même. Et si tu tiens à la vie, tu dis: oui merci ! Point à la ligne.
Trente-sept ans avaient filé depuis qu’il avait entrechoqué son verre de grappa avec ceux du clan Grecco pour sceller le traité qui faisait de lui leur trésorier. Encore aujourd’hui, le Notaire se souvenait, qu’en faisant cul sec, il avait failli s’étouffer. Il avait eu toutes les misères du monde à contenir les bruits de sa tuyauterie intestinale. L'eau de vie était comme de l'acide qui lui décapait le tube gastrique. Comme si le malaise n'était pas déjà assez grand, il fallait, en prime, que le capo et son lieutenant se payent sa gueule. Ils rigolaient à s'en péter les bretelles allant même jusqu'à lui offrir une nouvelle tournée. Amerigo ne se souvenait plus s’il avait accepté un second verre de grappa, mais il savait une chose avec certitude. Depuis ce temps, il avait orchestré un brillant montage financier qui avait permis de blanchir plus d’un milliard de dollars US.
C’est l’odeur de cet argent que le procureur de la république avait dans le nez. Et ça sentait fort. Mauvais aussi. Pour Amerigo.
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2 commentaires:
Super bon!!!! Wow! Je suis séduite.
Continue sur ta lancée!
1- Est-ce que "le notaire" est un surnom ou sa véritable fonction? je me demande si la majuscule serait mieux, particulièrement dans l'extrait "« Même si le ton du procureur semblait amical et ses questions plutôt anodines, il n’y avait pas de fumée sans feu », méditait le notaire, surnom dont l’avait affublé les frères Grecco et qui dénotait bien le rôle important, mais nécessairement effacé, qu’il jouait auprès de la Cosa Nostra sicilienne. "
2- "« Même si le ton du procureur semblait amical et ses questions plutôt anodines, il n’y avait pas de fumée sans feu », méditait le notaire" Je mettrais le verbe avoir au présent : il n'y a pas de fumée sans feu, puisque il se parle à lui-même.
3- "En fréquentant des individus peu recommandables, on avait fini par lui faire confiance." Pourquoi pas :
À force de fréquenter des...
4- "des études universitaires qu'il avait complété avec mention" = complétées (accord)
5- "Encore aujourd’hui, le notaire se souvenait qu’il avait failli s’étouffer en faisant cul sec tellement l’eau de vie lui avait remué les entrailles." Cette phrase aurait besoin qu'on inverse certains bouts... Style : le notaire se souvenait qu’en faisant cul sec il avait failli s’étouffer tellement l’eau de vie... Pas génial non plus, mais... à travailler!
6- "Au cours des années qui ont suivi, il avait orchestré un brillant montage qui avait permis de blanchir près d’un milliard de dollars US." Je crois qu'il faudrait mettre "qui avait suivi" et non "qui ont suivi"...
J'adore!!!
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